
Contes et légendes et les gens |
Sans doute est-ce pour cela que personne ne nous regarde vraiment. Nous devons ressembler à des Dieux : ce peuple assis près de ses étals nous propose des offrance à chacun de nos passages. pour la même raison, on nous avait déjà invité à changer d'hôtel. Réduire la facture. Et réduire aussi le nombre de pas entre le bus venu de l'aéroport et une chambre (climatisée).
Culpabilité "barbarienne" puisqu'une autre chambre, ailleurs, en face pour tout dire, était réservée. De la "405" du Melody, nous ne voyons que l'établissement lâchement abandonné. L'initiative d'une hôtesse plus commerçante que serviable. Petit job parmi d'autres : ceux qui balayent les routes, ceux qui nettoient les tables, ceux qui parlent dans le micro d'un autocar... Comment occuper une population avide de téléphones portables? Beaucoup ne semble rien faire. Jouer aux cartes. Dormir. Accroupis, ils discutent. Certaines femmes battent l'air avec leur éventail. Sans doute la chaleur incite à cette torpeur. Les hommes ss'évertuent à montrer leur bidon. T-shirt relevé, noué au dessus de l'estomac. Toujours ces ventres rondouillatds, ces culs plats. Il y a bien ce soldat, torse nu. Vision fugitive qui fait écho à ces jeunes en slip, en bas d'un chantier à Shanghai - douches collectives à même la rue, vue la veille. Et puis cet étudiant, âge indéterminé, en pleine contemplation d'une des pierres gravées, frattant le bas de son dos, par dessous la chemise grise, à l'aide de son éventail.
La forêt de pierres n'est pas sauvage. Entretenue. Rangée. Classée. Les livres se succèdent d'une pièce à l'autre. Loin du bruit ambiant de la ville. Jardin secret. D'ailleurs Xi'an est une métropole qui cache ses secrets. Grande Mosquée plus chinoise qu'islamique, cachée et recluse en ses propres remparts au milieu du quartier commerçant et touristique. Pagodes lointaines, au millieu de nulle part. Armée enterrée à 34 kilomètres.
La forêt de pierres s'est transformée en bibliothèque. Pierres rectangulaires om tous les styles calligraphiques se rejoignent dans une même philosophie : témoigner et transmettre. Des écrits sacrés, des réflexions ou des pensées, du Confucius ou des Nestoriens. Certains styles sont si anodins, si libres que nous pourrions les croire importés de Perse ou d'Inde. Les idéogrammes sont souvent rectilignes. Tout arrondi, toute souplesse du trait le rend presque étranger. Certaines pierres nous donnent l'impression de mots en vie, de mots ayant la forme de personnages, de visages. Dans ce champ de tortue, décapitées ou pas, les stèles s'élèvent, droites de certitude. Erigées et arrogantes, elles savent leur beauté. Pierres gravées comme des estampes, des portraits.
  
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