
si la pièce frappe le gong... |
Le lieu est magique. Là encore Xi'an choisit de cacher l'un de ses joyaux. les bleux rouges et dorés des édifices nous émerveillent. Mais plus que les gravures couleurs pastels et les ornements, le temple, vivant, nous séduit par ses résidents. Bien sûr, nous pourrions passer sur le petit pont et jeter une pièce sur la cloche pour savoir si nous sommes, ou pas, taoïstes. Comprenne qui pourra, le puits qui réceptionne les pièces des chanceux et des malchanceux reçoit aussi les billets : comment du papier résonne-t-il sur un gong? Récitaux de mamies, réunions de papys, jeunes adeptes et cadres supérieurs se croisent à chaque "place". Odeurs d'encens. Quiétude des prières. Le dévot a acheté ses baguettes d'encens à l'entrée. En brûle une à chaque temple. Volutes enfumées et parfumées. Puis à genoux, se relèvent et se plient. Un homme rit tout le temps. Déraison. Beaucoup nous regardent. Peu d'étrangers doivent venir ici. Ce temple chinois au milieu des HLM respire une sorte de beauté tranquille, hors du temps, des mouvements. Nous arrivons au dernier temple. Le regardons d'un palier surélevé. Un homme, t-shirt noué au dessus du ventre prie le temple au nord, puis à l'est. Il est au centre du carré. Celui du sud. Puis le nôtre, à l'ouest. De nouveau divins nous devenons. Contemplation de notre part, du haut de notre piédestal.
Irrémédiablement attirés par les coulisses de ce show taoïste, nous nous retrouvons par hasard dans un petit jardin où la jeune troupe musicale - nous avions profité de leur musique durant un rite, se réunissait. Craquants et souriants. Photo pour le souvenir. Ils posent. "Thank you!" Des Chinois parlant anglais spontanément!
"Ce n'est pas ici que je vais avoir des érections!" La morphologie des corps, les bouches édentées, l'absence de séduction, tout contribue à l'abstinence. Rabattons-nous sur le goût explosif de nos Mentos Lime-Mint. Qui du citron ou de la menthe gagne la bataille du palais?
Quitter Lao Tseu pour aller à Lanzhou s'avère folklorique et stressant. Aucun taxi ne veut nous prendre. Et notre chinois étant limité, difficile de sa savoir pourquoi tous ces taxis nous rejettent comme des malpropres. Au pas de course ) et en mentant au chauffeur - nous arrivons dare-dare à l'aéroport neuf de Xi'an. Le bus se trompe d'avion. La passerelle doit encore s'avancer, pour éviter un accident. Tout est un peu aléatoire ici. la notion de risque n'est pas la même. Cela les rend plus audacieux, moins peureux. Nous quittons ainsi cette ancienne capitale que avons vue musulmane et bordélique, taoïste et silencieuse, confucéenne, restorienne, bouddhiste... Par le hublot, nous apercevons un homme dressé sur son vélo, panier devant le guidon, traversant la piste au milieu des Airbus. Un message en anglais nous rappelle les consignes de sécurité. Seuls étrangers à bord, nous devrions au moins les écouter par respect pour cette intention inattendue. Les écrans diffusent un dessin animé où Vénusia a des problèmes avec son masque à oxygène. Hôtesse de l'air manga.
A la panique invisible de B., speedée par le temps dans une ville et complètement hors du temps quand elle médite ou voyage, s'ajoute une peur insoupçonnée après un vol plein de turbulences jusqu'à Lanzhou. L'arrivée fut plus étrange. Taxi non homologué. Mine patibulaire du chauffeur. Banquette arrière pleines d'affaires. Une passagère qui monte en dernière minute à l'avant. 80 kms d'autoroute entre pleine lune de film fantastique et les ombres menaçantes des cimes, que l'on devine.
Industries, sorties éparpillées, on se croirait dans un mauvais film américain. Impassibles, comme des musiciens taoïstes, nous essayons d'évacuer ce "bad trip" : enlèvement, racket... Soudain, au détour d'un virage, les lumières de la ville. Néons jaunes sur un pont, qui surplombe un fleuve, jauni par les éclairages de ces lumières artificielles. Je comprend mieux pourquoi on l'appelle le fleuve jaune. CQFD.
L'hôtel ne sera pas moins illuminé. Palmiers clignotants et déco Végas. Viva El Gansu!
  
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