
Censurer Internet ?
Mais alors, comment protéger ? On ne connaît en général de la censure que son aspect collectif : mesure d'ordre plus ou moins général émanant d'un organe gouvernemental. Mais est-ce bien la seule censure possible ? Il peut y avoir deux types de censure. La première est collective, la seconde est individuelle ou familiale : c'est l'auto-censure. Quels sont les aspect de l'une et de l'autre ?
Brièvement et de manière globale, on peut dire que la censure collective frappe tous les individus, puisqu'elle tend à interdire de façon générale et souvent absolue telle publication ou tel spectacle. Elle est donc par là, et quelque soit son opportunité, contraire aux liberté individuelles. En effet, il faut noter qu'en interdisant tel programme pornographique ou violent, par exemple, on protège les enfants ou les personnes faibles, certes, mais pour cela on empêche celui qui le voulait (et au demeurant avait le droit) de regarder ce programme, ainsi que l'on viole la liberté d'expression du producteur de ce même programme. En résumé, on peut dire que si elle est efficace, la censure collective présente pourtant l'inconvénient d'être trop générale et préjudiciable aux libertés.
D'un autre côté, l'auto-censure ne préjudicie pas aux individus dans l'exercice de leurs libertés. De plus, on peut dire que, ne dépendant que de l'individu (ou du groupe d'individus), son efficacité ne dépend que d'eux-mêmes Dès lors on peut supposer que sa portée est proportionnée à leur intérêt, et donc qu'elle est efficace. En revanche, c'est dans sa mise en oeuvre qu'elle peut présenter des inconvénients. En effet, si l'auto-censure est toujours possible quand elle ne concerne et ne met en jeu l'intérêt que d'un individu, elle devient plus difficile à pratiquer lorsque plusieurs personnes d'un même groupe sont concernées. Prenons encore l'exemple de l'enfant et de la télévision. Celui-ci est tout à fait incapable de s'auto-censurer. C'est donc à ses parents d'intervenir. Hélas, ceux-ci ne peuvent pas surveiller constamment leur enfant (le métier de parent est assez difficile comme cela), ni même évaluer la dangerosité des programmes que l'enfant regarde. Dès lors, il est souhaitable qu'une deuxième forme de censure vienne seconder la première : en interdisant la diffusion de certaines émissions télévisées, on peut prévenir certains accidents et assister les parents dans leur tâche éducative.
Notons toutefois, en aparté, que trop de censure nuit à la censure. En effet, il n'est pas rare de voir des parents abandonner leurs enfants seuls devant la télévision, pensant que la censure collective suffit à les protéger. Ainsi, la censure gouvernementale est un facteur de démission parentale, elle nuit à l'existence de l'auto-censure. Pourtant, étant la moins nuisible aux libertés individuelles, c'est cette dernière qui devrait prévaloir, l'autre ne venant que la suppléer dans ses carences.
Se pose alors le problème de l'adéquation de la censure au media censuré. La censure, on l'a vu, peut être souhaitable. Néanmoins, cette conclusion permet-elle de faire n'importe quoi, n'importe où et n'importe comment ?
Prenons d'abord l'exemple de la télévision. Une censure y est-elle nécessaire ? Tous les programmes proposés par la télévision ne sont pas inoffensifs pour tout le monde. De plus, dans l'état actuel des techniques, nous ne sommes pas en mesure d'affirmer (de contrôler) que tel enfant ne se trouve pas à telle heure devant tel programme qu'il ne devrait pas regarder. La carence des parents ou des proches, comme on l'a vu, ne permettant pas toujours de se contenter d'une auto-censure, l'existence d'une censure collective s'impose alors.
D'ailleurs, cette censure collective se suffit-elle vraiment à elle-même ? Tant que les techniques n'auront pas suffisamment évolué, je le répète, la censure est nécessaire. Toutefois elle n'est pas suffisante. La télévision, puisque c'est d'elle que l'on parle, comporte d'autres dangers que les fictions violentes ou les pornographies. La télévision, pour les enfants, les adolescents ou certains adultes, distille d'autres informations dangereuses. Je veux citer en exemple ces séries s'adressant aux jeunes filles, principalement, et qui leur mettent dans la tête (peut-être irrémédiablement) des idées du genre : dans la vie, les problèmes s'arrangent seuls (inutile de lutter, donc) ; l'apparence est l'aspect le plus important d'une personne ; le prince charmant existe, il est beau et riche ; le moindre petit problème est constitutif de drames... Quelle genre de femmes deviendront ces petites filles ? Contre cela, la censure collective ne peut rien : il n'existe pas de critère d'intelligence des émissions diffusées à la télévision. C'est alors que les parents doivent intervenir (le terme de parents pouvant aussi bien désigner la famille ou les proches), c'est là que l'auto-censure est irremplaçable.
Toutefois, ce genre de réflexion peut-elle s'étendre Internet ? Les techniques applicables à Internet permettent, elles, de contrôler l'accès de certaines personnes à certains sites, à certaines informations. Il existe des logiciels installés sur les ordinateurs personnels et permettant d'interdire certains accès. Les critères de censure sont définis par les utilisateurs eux-mêmes. Il s'agit alors bien d'auto-censure. Soit dit en passant que cette censure est tout à fait efficace et ajoutons que certains de ces logiciels sont gratuits (et tous sont bons marché, de toutes façons). La censure collective n'est alors d'aucune utilité, et ne fait que causer préjudice aux utilisateurs, en les lésant dans l'exercice de leurs liberté.
L'action des parents ne doit quand même pas se limiter à l'installation d'un logiciel de filtrage, car, aussi performant soit celui-ci, il ne peut pas toujours empêcher l'entrée en contact avec des informations indésirables. Mais si l'auto-censure est pratiquée, cela signifie que les proches ne sont pas passifs quant à la personne à protéger. On peut donc supposer qu'une surveillance sera pratiquée.
En conclusion, on peut dire que la défense de certains intérêts commande qu'il existe bel et bien une censure d'Internet. Toutefois, cette censure doit être proportionnée aux dangers et aux possibilités techniques qu'offre ce media. Nous avons que les technologies informatiques permettent aujourd'hui de manière certaine de contrôler de manière individuelle ou familiale certains accès pour certaines personnes. Ces personnes se trouvant ainsi protégées par auto-censure, toute censure collective devient non seulement inutile, mais pourrait même se révéler préjudiciable à l'exercice des libertés individuelles. En effet, la censure collective doit se contenter de pallier aux insuffisance des auto-censures. Dès lors que ces dernières peuvent être efficaces, la première doit céder la place.
De la part des gouvernements, imposer une censure à Internet revient à assimiler les individus dans leur ensemble à des mineurs ou à des incapables majeurs. Sommes-nous vraiment assez irresponsables pour avoir besoin de cela ?
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vincy / café in