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Société, politique, sexualité

Café In 1997-1998

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FETE, DEFAITE, FAITES.


Nos amis sont contre. Nos partenaires sont pour. Et Ecran Noir se retrouve l’écran entre deux webs. On ne sait plus trop si cette Fête de l’Internet est un bien ou un mal, une envie ou une nécessité, attirant dogmatiques et fanatiques, réactionnaires anti-libéral et libéraux à la pensée étriquée. Au final, la Fête de l’Internet sera quand même célébrée, avec quelques parrains prestigieux, quelques activités intéressantes, des gens motivés, et pas forcément pour de mauvaises raisons.
Hélas, la Fête ne résout aucun problème. Ce gigantesque téléthon médiatique et interactif n’efface pas multiples défaites subies, les obstacles existant, et rien n’éclaircit le sombre horizon devant nous. Ce serait illusoire de croire qu’un week end dédié au Net solutionne nos problèmes quotidiens et nos inquiétudes sur l’avenir de ce média. J’avais l’habitude de faire des éditos réguliers et donc nombreux. Rapidement, j’avais fait le tour des points noirs, de ce qui m’énervait. Alors les éditos se sont espacés, et aujourd’hui, après 4 ans de web, les points noirs sont toujours là, parfois plus gros. Ils obstruent tellement ma vue, que je ne sais plus si j’ai un point de vue sur la question. Tellement de paramètres se mélangent... le web a tant évolué...

Il y a toujours les gens qui ne comprennent rien: la plupart des politiciens, conseillés mais faibles utilisateurs, les attachées de presse (voir mon Post Scriptum), les juristes, etc... Il y a aussi ceux qui comprennent trop bien. Ils investissent leur argent dans des sites sans âme, grossissent trop vite, déstabilisent l’équilibre du " marché ". Comme quoi l’argent ne fais pas tout puisqu’ils commettent de grosses erreurs, salutèrent pour les 3 P: les persos, les petits et les pionniers.
Et puis il y a ceux qui l’utilisent, en créant des sites, en surfant, en consultant la météo ou les cours de la bourse: chacun y trouvera son utilité.

Tous les indicateurs sont au vert: les français veulent Internet. Mais quel Internet veut-on? Quel lien entre l’internaute des premières années et celui d’aujourd’hui? Et a fortiori celui de demain?
Internet a été créé par une minorité, a été imposé en 4 ans comme un mass media. Il y a 3 ans c’était l’Opération Ruban Bleu pour défendre la liberté d’expression, puis ce fut Froid glacial sur la Cybérie... et aujourd’hui la mise en berne de centaines de sites pour contester une décision injuste d’un tribunal contre l’hébergeur Altern.org.

Tandis que les Institutions vantent la Fête, les 3P se consternent dans la défaite. Entre les deux un immense fossé.
Les deux webs ne s’entendent pas, ne s’écoutent pas. Les organisateurs de la Fête ont accumulé les erreurs: silence radio inacceptable sur l’affaire Estelle Hallyday/Altern.org, sponsors commerciaux, ...
De l’autre côté, les " indépendants ", les alternatifs, particulièrement vindicatifs, ont montré tout leur savoir faire en matière de lobbying. Malgré un démarrage raté dans l’affaire Altern.org, ils ont su mettre tous les moyens, tous leurs efforts pour faire plier la top model et remettre en cause une décision de justice. Dommage qu’en critiquant arbitrairement la Fête, ils insultent les dizaines d’associations, les centaines d’initiatives culturelles indépendantes, les efforts d’internautes, sous prétexte d’une manifestation, qu’ils rejettent.

Après tout il y a la Fête du cinéma, de la musique, pourquoi pas celle du Net?
Veut on que le Net soit démocratique, reconnu d’égal à égal, ou le considère-t-on comme un média à part?

Dans la tête de beaucoup, le web est synonime de pornographie, pédophilie, de sites inintéressants, de bouillie, de bordel, d’anarchie. Un monde où les " barbares " osent parler d’égal à égal aux " empereurs ".
J’en rencontre tous les jours. des gens qui ne connaissent pas le travail de milliers de passionnés, et qui le jugent, le méprisent, le piétinent par des a priori simplistes. Leurs amalgames nous freinent, nous frustrent. Et puis face à ceux là, nous nous fédérons.

Aujorud’hui on constate l’existence de deux webs, qui co-existent, et nepoursuivent pas les mêmes objectifs.
Ce divorce réel du monde virtuel peut paraître absurde. Après tout l’Atelier est à l’origine de la Loi de l’Internet, amorce du débat politique et démocratique sur le web. Sur une affaire comme Altern.org, de nombreuses voix habituellement dissidentes, se sont réunies pour une même cause.

Et tant de chantiers sont en cours: le vide juridique n’existe pas. Il y a au contraire la construction d’un espace juridique. Un espace pas très fidèle à l’Internet d’origine, et une juridiction vraiment pas adaptée aux spécificités du web.

Le web est encore considéré comme un territoire national alors que c’est un média international. On parle de droits d’auteur avant même que la " Net-économie " n’existe vraiment. Comment payer des droits si le site n’a pas de revenus? Soit on réalise que le web est un seocnd monde, avec ses propres règles, et on invente une autre juridiction, uen autre écomnomie.
Le manque d’imagination, la recherche infernale du gain à tout prix, le capitalisme " sauvage " et la folie du e-business (qui ne fait que compenser la faillite de la pub on line), n’ont pas aidé à inventer ce deuxième monde.

Pourtant de hackers en collectifs, de mini réseaux en défenseurs acharnés de la liberté d’expression, le web se dote d’armes informatiques, de sites communautaires, de réunions réflexions....
Sans compter tous ces sites qui résistent, en existant, malgré de faibles moyens, qui parviennent même à être meilleurs que les riches, ou simplement à combler les vides éditoriaux des portail, ou des groupes de presse adaptant une version papier en pages webs.

S’il n’y avait pas ces sites mateurs, s’il n’y avait pas ces petits webzines de passionnés, s’il n’y avait pas ces trublions un peu gauchistes, beaucoup râleurs, et très utopistes, le web actuel serait-il encore intéressant?

En même temps si des magazines comme Chronik’Art n’avait pas réalisé des sites corporatifs par ailleurs, auraient-ils les moyens de se développer?

L’argent circule en circuit fermé, certes. On ne prêt qu’aux riches, re-certes. L’Etat aide davantage les compagnies établies que les jeunes créateurs, les groupes de presse internetophobes que les individuels internetophiles. Les compagnies de capital risques demandent que le site existe déjà, et que la société soit fortement capitalisée. Où est le risque?

La France a en partie rattrapé son retard en terme d’investissements. En terme de contenu, des pans entiers restent à couvrir en langue francophone. En terme d’esprit, de liberté, elle est carrément conservatrice, voire réfractaire.

Alors oui il y a une Fête de l’Internet, partenarisée avec Bouygues, France Télévision, Libération.... Une fête vivant grâce à presque 1500 initiatives collectives ou individuelles, associatives ou corporatives. une sorte de Téléthon, giga campagne de pub pour le web, en plein salon du livre et salon de l’étudiant. C’est révélateur. Cette fête s’étend de la création visuelle ou musicale sur le web à une réflexion sur l’avenir de la toile. Derrière ça, les marchands tenteront de vendre des ordinateurs à nos futurs lecteurs. C’est bien ce que nous voulions? Un web large, puissant, humain, diversifié, avec de soutils si simples, des formations si pratiques, que n’importe qui pourra faire sa page et s’exprimer?
La Fête n’appartient pas une association mais à tous. L’Association n’est qu’un relais.

Alors oui il y a la Défaite de l’Internet. Des sites sont en berne. Big brother est chaque jour une réalité plus grande par la seule bêtise (ignorance) humaine. 48 000 sites ont été fermés pour un Top model baffoué. La liberté d’expression est toujours menacée. Et le contenu s’appauvrit. des indépendants meurrent. L’argent créé une ségrégation. Seule nos passions font résistance. vocation, notre motivation ne sont pas matérialistes. Il faut apprendre à communiquer, expliquer, former les gens, futurs ou nouveaux internautes, et montrer les bienfaits de l’interactvité avant qu’ils ne deviennent trop passifs.
Pour la fête, prétexte à tout, il aurait fallu organiser des débats publics, expliquer l’affaire Altern.org, mobiliser les néophytes, prposer de spistes de réflexion pour Un Autre Web. Participer ne veut pas dire se plier.
Au contraire, ça peut être un moyen de mieux faire entendre ce qu’on souhaite, de mieux critiquer ce qu’on rejette.

Le problême reste le même depuis un an: les uns contre les autres. Il n’ ya aucune communication entre les deux webs, deux monologues entre deux sourds.
Qui gagnera? les idées ou l’argent?

La seule solution qui reste, c’est de faire. Construire des sites, revendiquer vos goûts d’internautes, surfer pour découvrir te vous enrichir,converser sur les forums, icq, les e-mails...., et bien comprendre l’essence du web. le potentiel commercial n’est qu’un avatar artificellement gonflé dérivant d’une volonté économique et hégémonique des grands groupes multimédia. Le web à l’origine c’est de la communication (universitaire), puis de la création et de l’information. Une sorte d ’echange de passions.

Le web ne peut qu’évoluer avec votre volonté. Jusqu’au jour où le sportails seront payants pour s’inscrire, où les multinationales d’images et de sons interdiront la reproduction même brève des extraits sonores ou vidéos, où les quelques cablo-opérateurs contrôleront tout jusqu’au contenu.
D’ici là plus on sera nombreux, plus on sera de fous, et plus on pourra alors détruire ce cauchemar en perspective.
Une fois qu’on goûte à la liberté, à l’indépendance, on ne peut plus s’en passer.

vincy / 2000 / ecran noir + le fifi

(C) Vincy 2006