Nos amis sont contre. Nos partenaires sont pour. Et Ecran Noir se retrouve lécran entre deux webs. On ne sait plus trop si cette Fête de lInternet est un bien ou un mal, une envie ou une nécessité, attirant dogmatiques et fanatiques, réactionnaires anti-libéral et libéraux à la pensée étriquée. Au final, la Fête de lInternet sera quand même célébrée, avec quelques parrains prestigieux, quelques activités intéressantes, des gens motivés, et pas forcément pour de mauvaises raisons.
Hélas, la Fête ne résout aucun problème. Ce gigantesque téléthon médiatique et interactif nefface pas multiples défaites subies, les obstacles existant, et rien néclaircit le sombre horizon devant nous. Ce serait illusoire de croire quun week end dédié au Net solutionne nos problèmes quotidiens et nos inquiétudes sur lavenir de ce média.
Javais lhabitude de faire des éditos réguliers et donc nombreux. Rapidement, javais fait le tour des points noirs, de ce qui ménervait. Alors les éditos se sont espacés, et aujourdhui, après 4 ans de web, les points noirs sont toujours là, parfois plus gros.
Ils obstruent tellement ma vue, que je ne sais plus si jai un point de vue sur la question. Tellement de paramètres se mélangent... le web a tant évolué...
Il y a toujours les gens qui ne comprennent rien: la plupart des politiciens, conseillés mais faibles utilisateurs, les attachées de presse (voir mon Post Scriptum), les juristes, etc...
Il y a aussi ceux qui comprennent trop bien. Ils investissent leur argent dans des sites sans âme, grossissent trop vite, déstabilisent léquilibre du " marché ". Comme quoi largent ne fais pas tout puisquils commettent de grosses erreurs, salutèrent pour les 3 P: les persos, les petits et les pionniers.
Et puis il y a ceux qui lutilisent, en créant des sites, en surfant, en consultant la météo ou les cours de la bourse: chacun y trouvera son utilité.
Tous les indicateurs sont au vert: les français veulent Internet. Mais quel Internet veut-on?
Quel lien entre linternaute des premières années et celui daujourdhui? Et a fortiori celui de demain?
Internet a été créé par une minorité, a été imposé en 4 ans comme un mass media. Il y a 3 ans cétait lOpération Ruban Bleu pour défendre la liberté dexpression, puis ce fut Froid glacial sur la Cybérie... et aujourdhui la mise en berne de centaines de sites pour contester une décision injuste dun tribunal contre lhébergeur Altern.org.
Tandis que les Institutions vantent la Fête, les 3P se consternent dans la défaite. Entre les deux un immense fossé.
Les deux webs ne sentendent pas, ne sécoutent pas. Les organisateurs de la Fête ont accumulé les erreurs: silence radio inacceptable sur laffaire Estelle Hallyday/Altern.org, sponsors commerciaux, ...
De lautre côté, les " indépendants ", les alternatifs, particulièrement vindicatifs, ont montré tout leur savoir faire en matière de lobbying. Malgré un démarrage raté dans laffaire Altern.org, ils ont su mettre tous les moyens, tous leurs efforts pour faire plier la top model et remettre en cause une décision de justice. Dommage quen critiquant arbitrairement la Fête, ils insultent les dizaines dassociations, les centaines dinitiatives culturelles indépendantes, les efforts dinternautes, sous prétexte dune manifestation, quils rejettent.
Après tout il y a la Fête du cinéma, de la musique, pourquoi pas celle du Net?
Veut on que le Net soit démocratique, reconnu dégal à égal, ou le considère-t-on comme un média à part?
Dans la tête de beaucoup, le web est synonime de pornographie, pédophilie, de sites inintéressants, de bouillie, de bordel, danarchie. Un monde où les " barbares " osent parler dégal à égal aux " empereurs ".
Jen rencontre tous les jours. des gens qui ne connaissent pas le travail de milliers de passionnés, et qui le jugent, le méprisent, le piétinent par des a priori simplistes. Leurs amalgames nous freinent, nous frustrent. Et puis face à ceux là, nous nous fédérons.
Aujorudhui on constate lexistence de deux webs, qui co-existent, et nepoursuivent pas les mêmes objectifs.
Ce divorce réel du monde virtuel peut paraître absurde. Après tout lAtelier est à lorigine de la Loi de lInternet, amorce du débat politique et démocratique sur le web. Sur une affaire comme Altern.org, de nombreuses voix habituellement dissidentes, se sont réunies pour une même cause.
Et tant de chantiers sont en cours: le vide juridique nexiste pas. Il y a au contraire la construction dun espace juridique. Un espace pas très fidèle à lInternet dorigine, et une juridiction vraiment pas adaptée aux spécificités du web.
Le web est encore considéré comme un territoire national alors que cest un média international. On parle de droits dauteur avant même que la " Net-économie " nexiste vraiment. Comment payer des droits si le site na pas de revenus?
Soit on réalise que le web est un seocnd monde, avec ses propres règles, et on invente une autre juridiction, uen autre écomnomie.
Le manque dimagination, la recherche infernale du gain à tout prix, le capitalisme " sauvage " et la folie du e-business (qui ne fait que compenser la faillite de la pub on line), nont pas aidé à inventer ce deuxième monde.
Pourtant de hackers en collectifs, de mini réseaux en défenseurs acharnés de la liberté dexpression, le web se dote darmes informatiques, de sites communautaires, de réunions réflexions....
Sans compter tous ces sites qui résistent, en existant, malgré de faibles moyens, qui parviennent même à être meilleurs que les riches, ou simplement à combler les vides éditoriaux des portail, ou des groupes de presse adaptant une version papier en pages webs.
Sil ny avait pas ces sites mateurs, sil ny avait pas ces petits webzines de passionnés, sil ny avait pas ces trublions un peu gauchistes, beaucoup râleurs, et très utopistes, le web actuel serait-il encore intéressant?
En même temps si des magazines comme ChronikArt navait pas réalisé des sites corporatifs par ailleurs, auraient-ils les moyens de se développer?
Largent circule en circuit fermé, certes. On ne prêt quaux riches, re-certes. LEtat aide davantage les compagnies établies que les jeunes créateurs, les groupes de presse internetophobes que les individuels internetophiles. Les compagnies de capital risques demandent que le site existe déjà, et que la société soit fortement capitalisée. Où est le risque?
La France a en partie rattrapé son retard en terme dinvestissements. En terme de contenu, des pans entiers restent à couvrir en langue francophone. En terme desprit, de liberté, elle est carrément conservatrice, voire réfractaire.
Alors oui il y a une Fête de lInternet, partenarisée avec Bouygues, France Télévision, Libération.... Une fête vivant grâce à presque 1500 initiatives collectives ou individuelles, associatives ou corporatives. une sorte de Téléthon, giga campagne de pub pour le web, en plein salon du livre et salon de létudiant. Cest révélateur. Cette fête sétend de la création visuelle ou musicale sur le web à une réflexion sur lavenir de la toile. Derrière ça, les marchands tenteront de vendre des ordinateurs à nos futurs lecteurs. Cest bien ce que nous voulions? Un web large, puissant, humain, diversifié, avec de soutils si simples, des formations si pratiques, que nimporte qui pourra faire sa page et sexprimer?
La Fête nappartient pas une association mais à tous. LAssociation nest quun relais.
Alors oui il y a la Défaite de lInternet. Des sites sont en berne. Big brother est chaque jour une réalité plus grande par la seule bêtise (ignorance) humaine. 48 000 sites ont été fermés pour un Top model baffoué. La liberté dexpression est toujours menacée. Et le contenu sappauvrit. des indépendants meurrent. Largent créé une ségrégation. Seule nos passions font résistance. vocation, notre motivation ne sont pas matérialistes. Il faut apprendre à communiquer, expliquer, former les gens, futurs ou nouveaux internautes, et montrer les bienfaits de linteractvité avant quils ne deviennent trop passifs.
Pour la fête, prétexte à tout, il aurait fallu organiser des débats publics, expliquer laffaire Altern.org, mobiliser les néophytes, prposer de spistes de réflexion pour Un Autre Web.
Participer ne veut pas dire se plier.
Au contraire, ça peut être un moyen de mieux faire entendre ce quon souhaite, de mieux critiquer ce quon rejette.
Le problême reste le même depuis un an: les uns contre les autres. Il n ya aucune communication entre les deux webs, deux monologues entre deux sourds.
Qui gagnera? les idées ou largent?
La seule solution qui reste, cest de faire. Construire des sites, revendiquer vos goûts dinternautes, surfer pour découvrir te vous enrichir,converser sur les forums, icq, les e-mails...., et bien comprendre lessence du web. le potentiel commercial nest quun avatar artificellement gonflé dérivant dune volonté économique et hégémonique des grands groupes multimédia. Le web à lorigine cest de la communication (universitaire), puis de la création et de linformation. Une sorte d echange de passions.
Le web ne peut quévoluer avec votre volonté. Jusquau jour où le sportails seront payants pour sinscrire, où les multinationales dimages et de sons interdiront la reproduction même brève des extraits sonores ou vidéos, où les quelques cablo-opérateurs contrôleront tout jusquau contenu.
Dici là plus on sera nombreux, plus on sera de fous, et plus on pourra alors détruire ce cauchemar en perspective.
Une fois quon goûte à la liberté, à lindépendance, on ne peut plus sen passer.
vincy / 2000 / ecran noir + le fifi